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Programme 2018/2019

Cycle d'automne 2018 : Métamorphoses
Ouverture de la billetterie : 1er juillet

« Les œuvres d’art correspondent au besoin objectif d’une transformation de la conscience pouvant se faire transformation de la réalité » Theodor W. Adorno (1903-1969)

De la musique à la vie : perpetuum mobile 
Comment définir la musique et le discours musical, cette "harmonie mundi " qui est l'expression du plus profond de l'âme humaine ? Un assemblage de sons... certes, une vibration mais plus encore une mise en mouvement. Ce "tremblement sonore" auquel nous assistons à l'écoute d'une oeuvre ne serait ainsi autre chose qu'une chute directe et immédiate dans la matière, car sans mouvement, nulle vie à l'image de la pulsation musicale qui unifie les battements de nos coeurs. 

Le silence brisé
Or, la musique nait du silence, celui-ci n'étant autre chose que le repos initial symbole de l'unité parfaite. Dépourvu de toute temporalité, le silence correspond ainsi à une absence de mouvement, de résonance ou de vibration. Comparable à l'ensemble vide, il n'est plus rattaché à l'expression d'une quelconque humanité, bien au contraire, il est l'image et l'expression de ce qui est indéfinissable par nature. Dès lors, à chaque fois que ce silence primordial est brisé, par la première note d'une oeuvre musicale, nous revivons la chute originelle. Nous ouvrons une brèche, celle de la temporalité et celle de l'humanité. Un changement d'état qui laisse apparaître toute la richesse des émotions et des passions mais qui, en contrepartie s'inscrit dans une finitude obligée.

Porta caeli : la musique comme passage
Du silence... au silence, entre les deux : l'oeuvre musicale. Celle-ci n'est donc qu'un passage, quittant l'Un pour tenter d'y revenir in fine. En ce sens, elle est un chemin ou une quête, expression d'un changement d'état permanent donc d'une métamorphose. A ce titre, si la langue française évoque "les portes du ciel", les anglais parlent, quant à eux, de "Heaven's Gate". La musique serait bien ce pont qui nous permet d'aller au-delà, de nous-mêmes et des autres et ainsi de toucher à l'ineffable. 

LAMENTATIONS

Samedi 15 septembre 2018 - 20H, Hunawihr (église St-Jacques)
"Car voici, les ténèbres couvriront la terre, et l'obscurité couvrira les peuples ; mais l'Eternel se lèvera sur toi, et sa gloire paraître sur toi." Isaïe, 60-1 (traduction de 1744, David Martin)

La Semaine Sainte : plus qu'une métamorphose, un renversement 
Concentrant toute la dramaturgie du message christique en quelques jours, la Semaine Sainte paroxystique par essence nous amène de l'abîme de la Crucifixion à la clarté de la Résurrection, transformation ultime. Durant cette période, la Liturgie catholique prévoit le chant de 3 psaumes, de 3 antiennes et de 3 leçons suivies de leurs répons au cours des trois offices des matines se déroulant de la Nuit à l'Aube des Jeudi, Vendredi et Samedi Saints. En 1662, Michel Lambert fut le premier compositeur à créer une oeuvre musicale spécifique pour ce contexte, donnant naissance au genre des "Leçons des Ténèbres". Les plus grands créateurs prirent sa suite dont Delalande, Charpentier et Couperin pour nous livrer de véritables bijoux musicaux. 

L'autonomie de la Musique ?
Sans revenir sur la pensée d'Adorno (Ästhetische Theorie, 1961-69) il est légitime de s'interroger sur la liberté de l'acte de création musicale. En effet, si nous pouvons aisément supposer que la musique - dans son aspect structurel - dispose d'une certaine "autonomie", étant avant tout un discours et un langage, elle est indubitablement liée à son créateur, au message qu'elle véhicule et à son récipiendaire. En ce sens, elle participe d'un tout bien plus vaste et qui la dépasse. Or, le contexte même de création des Leçons des Ténèbres est d'une spécificité rare, peut-être encore plus contraint que celui d'un opéra. 

Les Leçons des Ténèbres : un passage
Débutant dans l'obscurité, l'office est centré autour d'un chandelier triangulaire de 15 branches, chacune représentant le Christ, les Trois Marie et les onze Apôtres fidèles. A la fin de chacune des parties de la Liturgie est éteint, tour à tour, un cierge jusqu'à ce que seul celui du Christ, Lumière du Monde, ne vacille pas. Puis, tandis que le dernier candélabre est caché derrière le Maître-Autel, les fidèles frappent avec vacarme leurs bancs avec leurs Missels pour signifier le grand tremblement de la Mort du Christ. Le Miserere est chanté à cette occasion. Après quoi, le cierge réapparaît. Cependant il ne s'agit plus du même Christ, ce n'est plus celui de la Croix mais - bel et bien - celui métamorphosé de la Résurrection, qui retourne au Père dans l'Eternité. 

Les lamentations de Jérémie : une nouvelle conversion
Le texte même des Leçons des Ténèbres est imposé au compositeur puisqu'il s'agit de celui des Lamentations de Jérémie (constituées de cinq poèmes écrits au 6e s. av J.C.). Chacun des poèmes se divise en 22 paragraphes, débutant - à chaque fois - par l'une des lettres de l'alphabet hébraïque. Ce texte même des lamentations est ainsi une longue marche ascendante de conversion. L’âme souffrant d'abord sous la discipline de Dieu avant d'atteindre la joie de la pleine délivrance.
 

« L’art dans sa totalité est la sécularisation de la transcendance » Adorno 
Biographie : Jean-Yves Hameline, Leçons des Ténèbres, Ambronay éditions. 

LE MESSIE

samedi 13 octobre - 20H, Oberhergheim - église St-Léger
dimanche 14 octobre - 17H, Blotzheim - église St-Léger

Trois points communs unissent les Lamentations précédemment exécutées au monumental Messiah de Handel. Le premier d'entre eux est le texte, car toute la partie centrale de l'oratorio anglais est basée sur les paroles des Lamentations de Jérémie  évoquant la Crucifixion et la Résurrection du Christ. C'est donc tout naturellement que nos deux oeuvres ont également pour trame la même thématique du passage du Créateur de sa vie terrestre à céleste, évoquant ainsi sa métamorphose ultime. Enfin, le style même de Handel, quintessence absolue des styles européens, laisse une part merveilleuse au baroque français l'ombre de François Couperin et Marc-Antoine Charpentier planant...

La Musique Anglaise existe-t-elle ? 
Lorsque résonnent les premières notes de l'ouverture du Messiah, le doute n'est nullement permis. Il s'agit d'une pure ouverture baroque française, créée à Versailles. Pourtant, subrepticement le doute s'installe lorsque surgit brutalement une fugue au contrepoint allemand à la pureté exceptionnelle, et quand son exposition terminée, s'insinue enfin une superbe progression harmonique italienne, ou plus précisément corellienne. Handel expose ici le manifeste d'un style qui n'est assurément pas anglais et qui ne se considère pas comme l'émanation d'une école nationale. Nourri, de par ses études et son expérience, des plus grandes esthétiques européennes, notre compositeur souhaite démontrer que son génie les transcende - sa finalité étant, avant tout, d'arriver à l'efficacité dramatique juste permettant de toucher l'auditeur en plein coeur. 

Un livret unique : la vie du Sauveur
Le pari était plus qu'ambitieux : en une seule et unique oeuvre, retracer toute la vie terrestre du Christ. Le librettiste Charles Jennens fournit à Handel un livret indispensable, d'une qualité et - surtout - d'une cohérence remarquable permettant au compositeur d'envisager une oeuvre à la structure puissante nous emmenant des Prophètes, à la Résurrection en passant par la Nativité et la Passion. 

Un Christ rayonnant
Le Messie peint par Handel n'est absolument pas comparable à celui des passions allemandes. Bien au contraire, celui qui n'est évoqué ici qu'indirectement - la narration directe étant quasiment absente de l'oeuvre - rayonne, triomphant et glorieux. 

Servi par un plateau international d'exception , la Capella vous propose de plonger dans l'une des plus belles aventures de tous les temps : la quête universelle de notre propre Rédemption. 

Les concerts 2017-2018

    • Lamentations
    • Lamentations
    • Leçons des Ténèbres
    • Hunawihr (20:00)
    • Billetterie
    • Le Messie
    • Le Messie
    • Concert exceptionnel
    • Oberhergheim (20:00)
    • Billetterie
    • Le Messie
    • Le Messie
    • Concert exceptionnel
    • Blotzheim (17:00)
    • Entrée Libre